“Westworld”, saison 3 : un voyage au bout de la réalité

Que vaut la saison 3 de Westworld ? Les quatre premiers épisodes donnent un ton pré-cyberpunk.

Ce 15 mars 2020, la diffusion de Westworld a repris sur HBO et, en France, on peut la voir sur Extreme Down. La série de science-fiction de Lisa Joy et Jonathan Nolan se lance dans une troisième saison dont nous avons pu voir les quatre premiers épisodes. Les grands changements que les showrunners avaient promis sont bel et bien effectifs : on compte beaucoup moins de « tunnels d’ennui » que lors des saisons 1 et 2. La narration est plus limpide et l’action est plus captivante. En bref, avec cette saison 3, il se passe enfin quelque chose dans Westworld.

Dans ce troisième chapitre, les androïdes dont on a suivi jusqu’ici les aventures tout au long de leur émancipation sont définitivement sortis des parcs. Dolores a adopté une fausse identité pour se fondre dans la société et prendre sa revanche sur l’humanité. Comme avant, Westworld adopte une écriture où l’on passe régulièrement d’un point de vue à un autre : Dolores, puis Maeve, puis Bernard, et ainsi de suite. Et, si le scénario reste dans la continuité logique de ce qu’on a suivi avant, cette saison 3 a presque l’air d’un reboot. Le résultat ? Une série bien meilleure, tout simplement, comme si elle avait connu une mise à jour. Théoriquement, d’ailleurs, il serait presque possible de démarrer la série dès cette saison.

Jonathan Nolan avait promis que les intrigues seraient plus simples à suivre et c’est bien le cas. Là où les précédentes saisons alternaient des moments intenses avec des scènes obscures ou superflues, cette troisième saison est captivante tout au long de chaque épisode. Chose étonnante avec Westworld, les épisodes passent même relativement rapidement. Les rebondissements adviennent plus souvent. La meilleure écriture y est pour beaucoup, car la série nous présente enfin un monde riche, au propos pertinent.

Un monde pré-cyberpunk

Sortir des parcs a d’abord une incidence esthétique : HBO a mis le paquet sur la représentation de cette société futuriste. Bâtiments, véhicules, vêtements, équipements informatiques : les innovations technologiques sont partout, mais suffisamment proches de ce qu’on connaît au quotidien pour être crédibles. La sensation d’être dans un futur proche est donc très réussie. D’autant plus qu’il n’y a évidemment pas que l’esthétique, qui entre en ligne de compte.

Westworld décrit une révolution et c’est plus que jamais le cas dans cette saison. Cette notion n’implique pas seulement la description d’un groupe prenant les armes pour renverser un pouvoir en place : il y a aussi l’idée d’un changement radical dans une société. Les saisons 1 et 2 s’attardaient à nous décrire un « éveil » violent des robots, là où cette saison 3 nous montre une véritable révolution technologique profonde. En dépassant le piège narratif qu’étaient les parcs, Westworld a pris une nouvelle dimension : la série nous raconte comment notre espèce pourrait perdre sa propre humanité en se fondant dans le progrès technologique, en se transformant soi-même en data.

Cette saison 3 met en images la théorie de la « vallée dérangeante »

Cette saison 3 de Westworld met en images la fameuse « vallée dérangeante », cette théorie selon laquelle plus un robot ressemble à l’humain, plus ses imperfections sont terrifiantes. Dans la série, la théorie prend corps dans la réalité. Les robots, conçus entièrement à notre image, ont été les réceptacles des vices de l’humanité et, par leur revanche, ce sont les vices de l’humanité qui se retournent contre elle. Symbole de ce retournement, voire de ce miroir déformant   : dès la fin de l’épisode 1, Dolores prévient que les humains ont voulu jouer à Dieu, mais que «  les vrais Dieu arrivent et ils sont en colère ».

En fait, avec cette nouvelle salve d’épisodes, non seulement les intrigues sont elles-mêmes plus claires, mais on comprend enfin où Westworld veut vraiment en venir. La série a l’ambition de se placer pile dans l’intersection entre notre monde actuel et une version future dystopique de type cyberpunk. Elle n’est ni l’un ni l’autre, elle raconte la transition. Le monde de Westworld est un monde pré-Cyberpunk, qui s’attache à mettre en scène un processus : celui par lequel une sorte de technocapitalisme détruit progressivement l’humanité de l’intérieur.

On ne regrette pas de s’être ennuyés sur les précédentes saisons, puisque cela débouche sur une issue pertinente, mais il faut avouer qu’il était temps que la série aille droit au but, pour mieux trouver sa place dans la science-fiction contemporaine.

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